Les comportements qui troublent (2)
 

Comportements qui troublent : les coups

 

 

 «  Ma mère ne supporte pas que je lui mette des protections. L’autre jour, elle m’a giflée. Pourtant, je fais l’impossible pour elle… »

 

«  Chaque fois que je fais la toilette de Monsieur X…, il s’énerve et crie. Mais hier, il m’a tordu le bras tellement fort que j’ai encore mal. Je me demande ce que je lui ai fait… »

 

Les coups portés par une personne malade d'Alzheimer à l'un de ses proches ou à un professionnel,à domicile ou en institution, déstabilisent et peuvent compromettre la relation établie jusqu’alors.

La réflexion qui suit porte essentiellement sur les situations relatives aux soins du corps mais peut également s’appliquer à d’autres situations où se manifeste un comportement violent.

 

Pourquoi ces comportements troublent-ils ?

 

Les coups portés sont reçus par l'aidant comme une humiliation, une agression, une blessure. Ils génèrent souvent des sentiments mêlés : colère, rancune,  culpabilité … Qu’ai-je fait pour mériter un tel traitement ? Pourquoi cette violence surgit-elle avec moi plutôt qu’avec un autre ? Pourquoi aujourd’hui ? Comment cette personne peut-elle refuser les soins que je lui donne de mon mieux ?

En définitive, les coups reçus sont ressentis, par l’aidant familial ou professionnel, à domicile comme en institution, comme entamant injustement la confiance voire la tendresse établies jusque là et sont donc vécus comme une trahison.

La relation se disloque et un véritable rapport de forces risque de s’instaurer.

 

Tenter d’analyser ces comportements

 

Il est important d’observer dans quelle situation se développent ces épisodes de violence. Le plus souvent, il s’agit du moment de la toilette, des soins de bouche, de l’habillage et du déshabillage ou de la pose de protections. Le corps de la personne malade est alors approché, touché et on peut supposer que ce même corps répond à ce qui est vécu comme une agression.

La violation de l’intimité d’une personne est en effet un acte d’une grande importance qui ne peut être banalisé. Elle met cette personne en position de dépendance, d’humiliation, de perte d’identité. Elle est donc ressentie comme une violence à laquelle seule la violence peut répondre.

Pour toutes ces raisons, ces moments sont ceux où la personne malade est exposée, au sens propre comme au sens figuré, plus qu’à tout autre moment. Elle se trouve alors, surtout si elle est allongée, dans une position de totale dépendance et, apeurée par ce qu’elle ressent comme un rapport de forces et une menace, peut y répondre en se rebellant avec la vitalité qui lui reste.

Enfin, l’évolution de la maladie d’Alzheimer peut multiplier les moments où la personne malade est absorbée par ses propres préoccupations. L’intervention d’un de ses proches ou d’un soignant la dérange alors fortement et  la contrarie. La maladie d’Alzheimer peut aussi engendrer des sensations physiques très vives et  même douloureuses au moment de la toilette, de l’habillage et du déshabillage.

 

 

Comment se comporter avec une personne qui a tendance à frapper

 

Toute intervention qui touche au corps de la personne exige délicatesse et respect. Faire précéder les soins d’un moment de parole, établir le contact avec elle par un toucher affectif, accrocher son  regard, la prévenir de ce qu’on va lui faire,  constituent des préalables importants qui peuvent la rassurer. Il peut être rassurant pour elle qu’on lui explique ce qu’on lui fait ou simplement qu’on lui parle  doucement pendant toute la durée du soin.

Il ne faut pas négliger l’éventualité d’un problème organique ( douleur, fièvre etc… ) qui aurait pu passer inaperçu  et pourrait expliquer  l’agressivité de la personne.

Parfois, de petits aménagements peuvent améliorer la situation : changer la personne en faisant la toilette, choisir un soignant de l’autre sexe, faire la toilette à la personne debout plutôt que couchée, accompagner la toilette de musique, repousser la toilette à plus tard et même au lendemain…

Il est possible que de telles mesures modifient peu les manifestations de violence. Cependant, chercher une explication aux comportements de la personne constitue déjà un progrès en instaurant une démarche de réflexion qui évite de s’engager dans un rapport de force.

Même s’ils sont perturbés par une réaction violente, les soins du corps doivent demeurer des actes de soin. En maîtrisant sa propre agressivité et sa propre appréhension, qui seraient immédiatement ressenties par la personne malade, l’aidant familial ou professionnel a beaucoup plus de chance de la rassurer.  Le calme de sa voix, la douceur de son geste contribuent  à rétablir une relation apaisante.

Enfin, ces moments difficiles de violence physique ont besoin d’être parlés, en famille, dans des groupes de soutien, dans le cadre de la régulation du travail d’équipe, pour favoriser la prise de distance et engager une attitude d’analyse.

 

France Alzheimer 89

Groupe de réflexion éthique composé de familles et de profesionnels

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