Les comportements qui troublent (1)
 

Comportements qui troublent : cris et désinhibition sexuelle

 

 

Parmi les comportements dérangeants qui apparaissent chez certaines personnes malades d’Alzheimer, les cris et la désinhibition sexuelle sont particulièrement mal supportés par l’entourage, familial ou professionnel.

 

Pourquoi ces comportements troublent-ils ?

Les cris

Les cris, souvent quotidiens, lancinants, survenant parfois à des moments réguliers de la journée, font penser à une souffrance, physique ou morale, très vive et indéchiffrable. Ces cris sont très éprouvants pour l’entourage familial et/ou institutionnel. En effet, le bruit occasionné apporte un stress physique et psychologique intense, d’autant plus s’il est continu voire nocturne, pouvant alors entrainer l’épuisement des proches et des soignants et des comportements réactionnels d’agitation et d’agressivité des autres résidents.

La famille et les soignants en sont le plus souvent affectés, entre impuissance et culpabilité. Quelle faute ou quel manque provoquent les cris d’une mère ou d’un père ? Faut-il les entendre comme des appels ou des reproches ? Appel de l’enfant ? Reproche du parent ?

 

 

La désinhibition sexuelle

La désinhibition sexuelle, qui pousse la personne à se dévêtir de façon ostentatoire, à manifester son attirance pour telle ou telle personne, est très mal vécue aussi bien par ses proches que par les soignants. Elle témoigne en effet de la sexualité des personnes âgées, toujours mal acceptée, mais plus précisément, de manière symbolique, de celle des parents, offerte au vu et au su de tous. Si la  personne est plus jeune, c’est l’idée d’inceste qui surgit et condamne sans appel toute manifestation  de désir ou d’affectivité. De toutes les manières, elle introduit une fracture perturbatrice dans un code de conduite généralement bien établi.

 

Tenter d’analyser ces comportements

Que l’on appartienne à la famille de la personne malade ou que l’on soit professionnel, la mise à distance que constitue l’analyse de ces comportements peut permettre de mieux les accepter et de mieux s’y adapter.

 

Les cris

Peut-être ces cris expriment-ils un inconfort somatique d’origine physiologique (faim, froid…) ou pathologique (ulcère, infection…) qui, s’il est identifié, pourra être traité. Peut-être ces cris signifient-ils un mal-être psychique (dépression, solitude…) que l’on peut comprendre et apaiser quand on connaît bien la personne et son histoire et que l’on parvient à donner sens à sa plainte. Ces cris, qui communiquent aussi bien un besoin physique que psychique, sont des appels à l’aide.

Le cri peut également combler le vide cognitif engendré par la maladie. En effet, la personne malade remplit de bruit son monde intérieur.

Par ailleurs, la personne vit dans un monde de plus en plus éloigné de la réalité, une sorte d’étrange troisième dimension dans laquelle le temps, l’espace, la reconnaissance des personnes et des objets n’existent plus. Il y a bien là de quoi être effrayé et hurler de peur.

Si la vie dans cette troisième dimension semble angoissante, la mort doit l’être tout autant. En effet, il est possible que la personne malade crie parce qu’elle a peur de mourir. Crier c’est vivre et échapper à la mort.

Ainsi, le cri qui semble être un moyen d’affirmer son existence au monde, fait également réagir l’entourage qui porte alors une attention toute particulière à la personne, qui de ce fait la met en relation. Le cri serait alors le moyen, pour une personne qui n’a plus la possibilité d’utiliser les moyens usuels de communication, d’établir une relation avec autrui.

Enfin, les cris peuvent également constituer une recherche de plaisir pour une personne qui ne semble plus en éprouver beaucoup dans sa vie quotidienne. En effet, un son engendre, chez la personne qui l’émet, une vibration harmonique de tout son corps, vibration susceptible de lui apporter un apaisement psychique et physique.

 

La désinhibition sexuelle

La désinhibition sexuelle exprime une pulsion de vie et une quête d’amour, de reconnaissance,  de valorisation. Ces désirs n’apparaissent généralement pas au grand jour dans la vie sociale « ordinaire » mais la maladie d’Alzheimer, en levant les interdits, fait qu’ils se manifestent de manière parfois crue  sans que la personne prenne la mesure des effets de ces comportements sur son entourage.

Les moments de désinhibition sexuelle ont donc un sens. Ils disent que la personne est vivante et demande à être considérée et reconnue et cet effort de compréhension aide les proches comme les soignants à les interpréter différemment.

 

S’exercer à la tolérance

L’entourage peut s’efforcer d’observer quelles sont les situations qui apaisent ou au contraire intensifient ces troubles. C’est toujours à plusieurs, avec d’autres membres de la famille, avec le médecin traitant, avec le ou la psychologue, au sein de l’équipe soignante, que l’on pourra progresser dans cette réflexion.

L’effort d’analyse laisse parfois les uns et les autres sans réponse et il reste de toute façon à accepter que la personne malade vive une autre vie, différente de celle qu’elle a montrée auparavant mais aussi différente de la nôtre, celle que l’on s’autorise à avoir.

Cette tolérance profonde est difficile car elle exige le renoncement, au moins provisoire, au raisonnement et aux préceptes moraux qui nous construisent et la baisse de principes chez l’autre réveille en nous les désirs refoulés.

Malgré tout, les seuils de tolérance, individuels ou institutionnels, peuvent être débordés par une accumulation de comportements dérangeants. Il devient alors impossible aux proches de la personne comme aux professionnels qui l’entourent de prendre du recul pour analyser la situation. C’est ainsi que surgit le risque de passage à l’acte, voire de maltraitance. Il vaut mieux dans ce cas laisser à d’autres personnes le soin d’intervenir. L’échange avec d’autres, en famille ou en institution, peut seul dans ce cas aider à se resituer dans une démarche d’accompagnement de la personne.

 

Résister à la tentation de supprimer ces comportements

Le recours aux médicaments ou à d’autres formes de contention peut paraître s’imposer tant on est démuni devant ces troubles. Il faut dire qu’une telle solution ne résout pas tout. Elle peut même ajouter à la situation l’inconvénient d’effets secondaires.

Même si c’est très difficile, la seule voie possible consisterait à apprendre, que l’on appartienne à la famille de la personne ou que l’on soit professionnel, à vivre avec ces troubles. Plutôt que de lui imposer l’absolue tranquillité qui préfigurerait la mort, peut-être faut il privilégier pour cette personne une vie comportant des épisodes chaotiques.

 

France Alzheimer 89

Groupe de réflexion éthique composé de familles et de professionnels

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