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Peut-on priver d’argent une personne malade d’Alzheimer ?
La personne malade d’Alzheimer et l’argent
Les troubles de type Alzheimer ont des conséquences sur la manière dont la personne qui en est atteinte gère son argent. Elle peut dépenser des sommes importantes sans se souvenir de l’usage qu’elle en a fait. Elle peut également être l’objet d’escroqueries. Elle peut cacher son argent. Elle peut enfin faire des dons sans commune mesure avec ses moyens financiers.
Les conduites de l’entourage les plus fréquentes
Ces comportements vont conduire la famille, lorsque la personne vit à son domicile, à prendre des mesures de protection : mesure juridique comme la tutelle ou mesure pratique comme la suppression de la carte bleue et du chéquier.
Peu à peu, la personne concernée ne manipule plus que très peu d’argent, voire pas du tout.
Dans le même temps, les questions d’argent relatives au coût de la vie quotidienne, aux aides financières reçues par la personne sont souvent éludées et discutées en dehors de sa présence.
Si la personne est en établissement, elle est en général tenue à l’écart des discussions familiales sur le coût financier de son hébergement. La direction de l’établissement prend le même parti en réglant la question avec les proches de la personne ou son tuteur.
Dans tous les cas, la nécessité qui guide la conduite des familles comme celle des professionnels est de protéger au mieux la personne dans ses biens.
Les conséquences du silence sur les questions d’argent
L’argent a de multiples fonctions :
- Il a de toute évidence une fonction économique quand il s’agit du paiement d’un service rendu : aide à domicile, hébergement en institution…
- Il a aussi une fonction relationnelle importante par le pouvoir qu’il octroie de choisir et d’assumer ses dépenses, le soulagement, pour se sentir en paix, de ne pas être à charge et en dette, la possibilité de marquer sa reconnaissance ou son attachement à quelqu’un par un don ou un cadeau.
Priver de son argent une personne, même malade d’Alzheimer, n’est-ce pas pratiquer une certaine forme de contention ? Ne porte-t-on pas atteinte, en faisant ainsi, à l’intimité et à la dignité de la personne ? Ne crée-t-on pas une angoisse de dette et de mauvaise conscience ? Ne favorise-t-on pas le glissement vers un éloignement du réel et un abandon de la respectabilité ?
Peut-on en même temps protéger la personne et lui laisser un certain usage de son argent ?
La protection de la personne est bien sûr indispensable.
Malgré tout, plusieurs possibilités permettent, tant qu’elle en manifeste le désir et que l’évolution de ses troubles les rend envisageables, de conserver une certaine autonomie financière à la personne :
- L’accompagner, quand c’est possible, lorsqu’elle fait des chèques. Elle acceptera peut-être de confier son chéquier à ses proches si c’est elle qui en fait usage. C’est aussi elle qui appose sa signature, comme une marque d’identité.
Certains établissements proposent à leurs résidents, y compris malades d’Alzheimer, de régler eux-mêmes leur pension mensuelle dans le bureau du directeur. Les personnes sous tutelle peuvent accompagner leur tuteur dans cette démarche.
- Mettre la personne en situation d’acheteur avec un porte-monnaie garni de sommes modestes afin de pouvoir faire quelques courses.
Là aussi, une telle pratique est envisageable à domicile mais aussi dans certains établissements qui ont une boutique ou qui laissent sortir leurs résidents quand le contexte le permet ou qui les emmènent périodiquement faire les courses au marché.
- Accepter de parler d’argent avec la personne, répondre aux questions qu’elle se pose à ce sujet et la rassurer sur le paiement des services qu’elle reçoit.
Des échanges nécessaires
Résoudre la question de l’argent dans le cas de troubles de type Alzheimer exige un temps de réflexion pour que tous ceux qui gravitent autour de la personne adoptent une attitude raisonnée et cohérente.
Des échanges sont donc indispensables pour harmoniser les positions de tous : proches de la personne, gestionnaire d’un service d’aide à domicile ou d’un établissement, tuteur…
Ces discussions permettent de mesurer les enjeux et les conséquences de telle ou telle solution et peut-être de parvenir à une conduite qui préserve au mieux à la fois les biens de la personne et sa dignité.
France Alzheimer 89
Groupe de réflexion éthique composé de familles et de professionnels
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